Comprendre la différence entre « pour se faire » et « pour ce faire » est essentiel pour écrire un français clair et précis. Ces deux expressions se prononcent de la même manière, mais elles ne signifient pas la même chose et ne s’emploient pas dans les mêmes contextes. Une confusion peut changer le sens d’une phrase, surtout dans un texte professionnel ou académique.
« Pour ce faire » : une expression équivalente à « pour cela »
L’expression « pour ce faire » est une locution figée qui signifie :
- « pour cela »
- « à cette fin »
- « en vue de cela »
- « à cet effet »
Le pronom démonstratif « ce » renvoie à une action ou un projet évoqué juste avant. On l’utilise pour introduire le moyen ou la façon d’atteindre un objectif.
Cette tournure appartient à un registre de langue soutenu. On la rencontre fréquemment dans :
- les textes administratifs,
- les rapports professionnels,
- les mémoires et thèses,
- les articles de presse soignés,
- les courriers formels.
On n’emploie pas la forme *« pour cela faire » car elle est jugée lourde et peu naturelle. La langue a donc fixé l’usage de « pour ce faire ».
Astuce simple pour reconnaître « pour ce faire »
Pour savoir s’il faut écrire « pour ce faire », remplacez l’expression par :
- « pour cela » ;
- « à cette fin » ;
- « à cet effet » ;
- « en vue de cela ».
Si la phrase reste correcte et conserve le même sens, c’est que « pour ce faire » est la bonne écriture.
Exemples détaillés :
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« L’entreprise souhaite réduire son impact environnemental ; pour ce faire, elle investit dans des équipements moins énergivores. »
Test : « … ; pour cela, elle investit… » → la phrase reste logique. -
« Elle veut améliorer son niveau d’anglais ; pour ce faire, elle suit trois heures de cours par semaine. »
Test : « … ; à cette fin, elle suit trois heures de cours… » → l’usage est correct. -
« Le gouvernement prévoit de renforcer la sécurité routière ; pour ce faire, de nouvelles mesures seront appliquées dès janvier. »
Test : « … ; à cet effet, de nouvelles mesures seront appliquées… » - « Nous voulons fidéliser nos clients ; pour ce faire, nous mettons en place un programme de récompenses. »
Origine et registre de langue de « pour ce faire »
L’expression « pour ce faire » apparaît dans le français classique. Elle s’est figée au fil du temps et est restée en usage dans :
- la langue administrative,
- les textes académiques,
- les écrits juridiques,
- les écrits formels en général.
Aujourd’hui, même si elle peut sembler un peu soutenue dans un échange oral informel, elle reste tout à fait courante à l’écrit dès qu’on vise une rédaction soignée.
On la retrouve par exemple dans des phrases comme :
- « Le comité souhaite améliorer la transparence ; pour ce faire, un rapport trimestriel sera publié. »
- « L’université veut attirer davantage d’étudiants étrangers ; pour ce faire, elle développe de nouveaux partenariats. »
« Pour se faire » : une action que le sujet fait pour lui-même
Avec « pour se faire », le mot « se » est un pronom réfléchi. Il indique que le sujet de la phrase agit sur lui-même ou en sa propre faveur.
La structure est alors :
- pour se faire + adjectif
- pour se faire + verbe à l’infinitif
- pour se faire + nom
On peut remplacer « se » par d’autres pronoms :
- pour me faire
- pour te faire
- pour nous faire
- pour vous faire
Dans ce cas, on ne parle plus d’une locution figée mais d’une tournure verbale classique.
Exemples commentés :
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« Il est resté des heures dans la salle de bain pour se faire beau. »
→ Il agit sur lui-même : il se rend lui-même beau. -
« Elles ont négocié longuement pour se faire transporter de l’autre côté du fleuve. »
→ Elles négocient en leur propre faveur pour être transportées. -
« Pour se faire un nom, elle a publié plusieurs articles dans des revues spécialisées. »
→ Elle agit pour construire sa propre réputation. -
« Pour se faire pardonner, il a offert un bouquet de fleurs et écrit une lettre. »
→ Il cherche à obtenir le pardon pour lui-même. -
« Il a travaillé tout l’été pour se faire un peu d’argent. »
→ Le but est de gagner de l’argent pour lui.
On trouve fréquemment cette tournure dans tous les registres de langue, du plus familier au plus soutenu, car il s’agit d’un simple verbe pronominal.
Exemple littéraire :
« …uniquement pour se faire payer plus cher son ralliement à la cause qu’il combattait. »
Ici, le personnage agit pour obtenir un avantage pour lui-même : un paiement plus élevé.
Comment éviter la confusion entre « pour ce faire » et « pour se faire » ?
Lorsque vous hésitez, posez-vous deux questions simples.
1. Pouvez-vous dire « pour cela » ?
- Si vous pouvez remplacer l’expression par « pour cela », « à cette fin » ou « à cet effet », il faut écrire « pour ce faire ».
- Si la phrase ne fonctionne plus ou devient étrange avec « pour cela », ce n’est probablement pas la bonne tournure.
Exemples :
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« Il veut obtenir une promotion et, pour ce faire, il suit une formation. »
→ « … et, pour cela, il suit une formation. » : correct → on garde « pour ce faire ». -
« Il est resté des heures dans la salle de bain pour se faire beau. »
→ « … dans la salle de bain pour cela beau. » : phrase incorrecte → il fallait bien « pour se faire ».
2. Le sujet agit-il sur lui-même ?
- Si l’action est tournée vers le sujet lui-même (se rendre beau, se faire pardonner, se faire un nom), c’est « pour se faire » qu’il faut écrire.
- Si l’expression sert à introduire un moyen pour atteindre un but déjà mentionné (pour cela, à cette fin), on choisit « pour ce faire ».
Autres exemples comparés :
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« L’association veut aider davantage de familles ; pour ce faire, elle lance une campagne de dons. »
→ On peut dire « pour cela » : « pour ce faire » est correct. -
« Elle a tout fait pour se faire remarquer pendant la réunion. »
→ Elle agit sur elle-même, pour attirer l’attention sur elle : c’est bien « se ». -
« L’équipe souhaite améliorer ses résultats ; pour ce faire, elle s’entraîne deux heures de plus par semaine. »
→ Lien logique : « pour cela », « à cet effet » : on utilise « ce ». -
« Il s’est inscrit à un cours de théâtre pour se faire des amis. »
→ Objectif personnel : se créer des relations pour lui-même : c’est « se ».
Tableau récapitulatif
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Pour ce faire :
- expression figée ;
- équivalente à « pour cela », « à cette fin », « à cet effet » ;
- registre soutenu ;
- sert de connecteur logique dans une phrase ;
- renvoie à une action ou un projet mentionné auparavant.
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Pour se faire :
- construction pronominale variable (se / me / te / nous / vous) ;
- exprime une action que le sujet accomplit pour lui-même ou sur lui-même ;
- suivie d’un infinitif, d’un adjectif ou d’un nom ;
- utilisable dans tous les registres de langue ;
- ne peut pas être remplacée par « pour cela ».
En résumé
Pour ne plus hésiter :
- Pensez à « pour cela » → si la phrase fonctionne, écrivez « pour ce faire ».
- Demandez-vous si le sujet agit pour lui-même → si oui, utilisez « pour se faire ».
Avec ces deux réflexes, le risque de confusion entre « pour se faire » et « pour ce faire » disparaît presque complètement, même dans des textes complexes ou formels.
