Faut-il écrire « je m’assois » ou « je m’assieds » ? Les deux formes sont correctes en français moderne. Elles coexistent dans l’usage, relèvent toutes deux du présent de l’indicatif et renvoient au même verbe : s’asseoir. Derrière cette apparente hésitation se cache une particularité intéressante de la langue : un verbe à double infinitif et à double radical. Découvrons en détail comment choisir entre ces formes, comment les conjuguer, et dans quels contextes les employer.
« Je m’assois » ou « je m’assieds » : deux formes correctes
Le verbe s’asseoir est un verbe du troisième groupe qui présente une particularité : il possède deux infinitifs, et donc deux systèmes de conjugaison possibles :
- asseoir : forme traditionnelle, encore très répandue,
- assoir : forme rectifiée, proposée dans le cadre des recommandations d’orthographe de 1990.
De ces deux infinitifs découlent deux radicaux différents au présent :
- assied- : pour « je m’assieds », « tu t’assieds », « il s’assied », etc.,
- assoi- : pour « je m’assois », « tu t’assois », « il s’assoit », etc.
Ainsi, les formes je m’assois et je m’assieds sont toutes deux admises par les grammairiens et les dictionnaires contemporains. Il ne s’agit donc pas d’une opposition entre « bon français » et « mauvais français », mais d’une variation de forme.
Niveau de langue et fréquence d’usage
Si les deux tournures sont justes, elles ne transmettent pas tout à fait la même impression.
- « Je m’assieds » est souvent perçu comme plus soutenu, plus traditionnel, voire un peu littéraire.
- « Je m’assois » sonne plus courant, plus proche de la langue parlée de tous les jours.
Les corpus et outils d’analyse de textes montrent que ces formes restent toutes les deux bien présentes. Dans de nombreux textes contemporains, on trouve une répartition relativement équilibrée, preuve que la langue n’a pas tranché de manière nette. Cependant, dans les moteurs de recherche généralistes, la forme « je m’assieds » renvoie environ deux fois plus de résultats que « je m’assois ». Cela s’explique notamment par sa présence plus fréquente dans la littérature, les textes académiques et les écrits soignés.
En pratique :
- dans un courriel professionnel, une copie d’examen ou un texte littéraire, on privilégiera souvent « je m’assieds »,
- à l’oral, en conversation familière, « je m’assois » est très courant.
La forme incorrecte à éviter : « je m’asseois »
Une confusion fréquente consiste à écrire *je m’asseois. Cette forme mêle à tort les deux systèmes (« assied- » et « assoi- ») et est considérée comme fautive.
À retenir :
- je m’assieds : correct,
- je m’assois : correct,
- *je m’asseois : incorrect, à proscrire dans tous les contextes.
Pour ne pas vous tromper, vérifiez mentalement la cohérence avec le reste de la conjugaison :
- si vous écrivez je m’assieds, vous aurez aussi nous nous asseyons,
- si vous écrivez je m’assois, vous aurez nous nous assoyons.
Conjugaison de « s’asseoir » : forme avec « asseoir »
Voici d’abord la conjugaison au présent de l’indicatif du verbe s’asseoir avec le radical assied-, forme traditionnelle :
- je m’assieds
- tu t’assieds
- il / elle / on s’assied
- nous nous asseyons
- vous vous asseyez
- ils / elles s’asseyent
On peut illustrer cette conjugaison par quelques phrases :
- Je m’assieds toujours au premier rang pendant les réunions importantes.
- Tu t’assieds près de la fenêtre pour profiter de la lumière.
- Il s’assied à la même place tous les matins, par habitude.
- Nous nous asseyons autour de la table pour discuter des résultats du trimestre.
- Vous vous asseyez en silence dès que le spectacle commence.
- Ils s’asseyent au sol, faute de chaises disponibles.
Cette forme convient particulièrement bien dans un registre soutenu, dans les rédactions scolaires, les rapports ou les textes littéraires.
Conjugaison de « s’assoir » : forme avec « assoir »
Voici maintenant la conjugaison au présent de l’indicatif avec l’infinitif assoir et le radical assoi- :
- je m’assois
- tu t’assois
- il / elle / on s’assoit
- nous nous assoyons
- vous vous assoyez
- ils / elles s’assoient
Exemples d’usage dans des situations concrètes :
- Je m’assois quelques minutes pour reprendre mon souffle après avoir monté les escaliers.
- Tu t’assois sur ce banc pendant que je vais acheter les billets.
- Elle s’assoit dans le jardin pour lire son roman favori.
- Nous nous assoyons souvent sur la terrasse l’été pour dîner.
- Vous vous assoyez où vous voulez, la salle n’est pas encore pleine.
- Ils s’assoient devant la télévision dès qu’ils rentrent du travail.
Cette variante est davantage associée à la langue courante, notamment à l’oral, mais elle reste correcte à l’écrit.
Choisir entre « je m’assois » et « je m’assieds »
Dans la vie de tous les jours, comment décider entre les deux formes ? Quelques repères peuvent aider :
- Contexte : dans un texte soigné, un examen, un courrier administratif, « je m’assieds » est souvent privilégié.
- Habitude personnelle : certains locuteurs n’utilisent quasiment que « je m’assieds », d’autres n’emploient que « je m’assois » ; la cohérence dans un même texte est surtout ce qui importe.
- Régularité : si vous choisissez le système « assied- », conservez-le sur tout le verbe (je m’assieds, nous nous asseyons). Si vous optez pour « assoi- », gardez-le également (je m’assois, nous nous assoyons).
En résumé, la bonne question n’est pas « quelle forme est la seule correcte ? », mais plutôt « quelle forme est la plus adaptée à mon registre de langue et à mon style ? ».
À l’impératif : « assieds-toi » ou « assois-toi »
Comme au présent de l’indicatif, on retrouve la dualité du verbe à l’impératif :
- Assieds-toi !
- Assois-toi !
Ces deux formes sont correctes. Là encore, l’une peut sembler plus soutenue que l’autre :
- « Assieds-toi » : forme souvent enseignée à l’école, perçue comme plus classique.
- « Assois-toi » : forme courante dans la langue parlée.
On évitera en revanche des formes hybrides du type *« asseois-toi », qui mélangent les deux systèmes.
Exemples d’emploi dans des phrases du quotidien
Pour mieux visualiser les deux variantes, voici quelques phrases simples que l’on pourrait entendre dans la vie de tous les jours :
- Je m’assois près de toi pour que l’on puisse discuter tranquillement.
- Je m’assieds toujours au fond du bus qui m’emmène à l’école.
- Quand j’arrive au bureau, je m’assieds d’abord à mon poste puis j’ouvre mes courriels.
- Après une longue marche, je m’assois sur un banc et je profite du paysage.
- En réunion, je m’assieds à côté de mon responsable pour mieux suivre les consignes.
On peut également varier les temps et les personnes pour se familiariser avec le verbe :
- Hier, je me suis assis au premier rang pour mieux voir la conférence.
- Nous nous assiérons près de la scène si nous arrivons assez tôt.
- Ils se sont assis en cercle pour commencer la discussion.
Illustrations littéraires
Le verbe s’asseoir apparaît fréquemment dans la littérature française, souvent dans des passages descriptifs ou introspectifs. Quelques vers célèbres permettent d’en apprécier l’usage dans un registre poétique.
Par exemple :
« Salut ! — J’ai combattu dans vos camps ennemis.
Par cent coups meurtriers devenu respectable,
Vétéran, je m’assois sur mon tambour crevé.
Racine, rencontrant Shakspeare sur ma table,
S’endort près de Boileau, qui leur a pardonné. »
— Alfred de Musset, Pensées de Raphaël
On retrouve aussi le verbe dans une tonalité grave et solennelle :
« Le soir, je m’assieds, grave, au milieu de mes brutes,
Ainsi qu’un chancelier dans la chambre des lords,
Et mon front a parfois un pli sévère. […] »
— Victor Hugo, Dernière Gerbe
Ces exemples montrent que les écrivains emploient aussi bien « je m’assois » que « je m’assieds », en fonction de la rythmique du vers, du style recherché ou de la tradition de leur époque.
À retenir
- « Je m’assois » et « je m’assieds » sont tous deux corrects.
- Le verbe possède deux infinitifs : asseoir et assoir, d’où ses deux séries de conjugaisons.
- *« Je m’asseois » est fautif et doit être évité.
- « Je m’assieds » est perçu comme plus soutenu, « je m’assois » comme plus courant.
- À l’impératif, on utilise « assieds-toi » ou « assois-toi », selon le même principe.
En maîtrisant ces deux formes et en sachant dans quel registre les employer, vous enrichissez votre expression écrite et orale tout en respectant les subtilités de la langue française.
