Grammaire et orthographe

« En couleur » ou « en couleurs » : la règle simple pour ne plus hésiter en orthographe

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Marie TEXIER

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Faut‑il écrire « en couleur » ou « en couleurs » ? Cette question d’orthographe revient souvent, que l’on parle de cinéma, de photographie, de peinture ou même de descriptions …

Faut‑il écrire « en couleur » ou « en couleurs » ? Cette question d’orthographe revient souvent, que l’on parle de cinéma, de photographie, de peinture ou même de descriptions littéraires. Les deux formes coexistent dans l’usage, et cela peut dérouter. Pourtant, derrière cette apparente hésitation se cachent des logiques assez simples, liées au sens, au contexte et parfois au style de l’auteur.

« En couleur » et « en couleurs » : deux formes acceptées

En français contemporain, les tournures « en couleur » et « en couleurs » sont toutes deux recevables. Les grammairiens et les dictionnaires n’adoptent d’ailleurs pas tous la même position :

  • Certains ouvrages recommandent plutôt le pluriel après la préposition « en », estimant que l’on fait référence à plusieurs teintes.
  • D’autres acceptent indifféremment le singulier et le pluriel, en fonction du sens ou du tour employé.
  • Certains lexicographes ne relèvent que la forme au singulier dans leurs exemples (« un film en couleur », « une photo en couleur »), tout en admettant que le pluriel existe dans l’usage courant.

En pratique, vous lirez donc sans difficulté :

  • « un film en couleur » ;
  • « une série en couleurs » ;
  • « des illustrations en couleur dans ce livre » ;
  • « une télévision en couleurs ».

Les deux formes circulent dans la presse, dans l’édition, dans la publicité et sur les supports numériques. L’usage ne penche pas massivement pour l’une ou pour l’autre, ce qui explique que les deux soient aujourd’hui considérées comme admises.

Pourquoi le singulier « en couleur » ?

Le singulier peut se comprendre comme l’expression d’un mode ou d’une manière. On oppose alors « en couleur » à « en noir et blanc », un peu comme on dirait « en version originale » ou « en relief ».

Dans cette perspective, « en couleur » désigne moins la variété des teintes que le fait d’être coloré par opposition à l’absence de couleur. Par exemple :

  • « Ce film existe en noir et blanc et en couleur. » (comme on dirait « en 2D et en 3D »)
  • « Cette affiche est disponible en couleur et en noir et blanc. »
  • « Les photos d’archives ont été restaurées en couleur. »

On peut également utiliser le singulier pour insister sur la simple présence d’une teinte, sans en multiplier le nombre :

  • « Elle est habillée en couleur, pas en sombre. » (sous‑entendu : en tons vifs ou clairs, par opposition au noir ou au gris)
  • « La salle a enfin été repeinte en couleur : c’est tout de suite plus chaleureux. »
A voir aussi :  « On écrit “je vous contacte” ou “je vous contact” ? L’astuce simple pour ne plus jamais faire l’erreur »

Le singulier s’impose aussi lorsqu’on précise une seule couleur au moyen d’un complément :

  • « un mur peint en couleur rose » ;
  • « des motifs en couleur bleue très douce » ;
  • « un logo redessiné en couleur verte pour symboliser l’écologie ».

Dans ces tours, « couleur » se rapproche d’un nom générique (« teinte », « nuance ») suivi de la précision : c’est cette construction qui justifie le singulier.

Pourquoi le pluriel « en couleurs » ?

Le pluriel se comprend tout aussi bien, et même de manière très intuitive : la plupart des images, des décors ou des objets colorés réunissent plusieurs couleurs. Dire « en couleurs » met donc l’accent sur la diversité des teintes.

On rencontre souvent le pluriel dans des contextes comme :

  • « une télévision en couleurs » ;
  • « des illustrations en couleurs dans un manuel scolaire » ;
  • « des photos en couleurs pour le catalogue » ;
  • « une carte postale en couleurs vives » ;
  • « une bande dessinée entièrement en couleurs ».

Si l’on considère l’usage en ligne, les deux formes se retrouvent en proportions proches. Une recherche sur un moteur de recherche affiche, par exemple, de l’ordre de 16 à 17 millions de résultats pour « en couleur » et d’environ 14 à 15 millions pour « en couleurs » (les chiffres varient selon les périodes et les paramètres, mais restent relativement comparables). Cela montre que ni l’une ni l’autre n’est marginale.

Le pluriel est particulièrement logique lorsque l’on emploie un adjectif épithète au pluriel, qui qualifie les couleurs elles‑mêmes :

  • « des paysages filmés en couleurs éclatantes » ;
  • « une brochure imprimée en couleurs pastel » ;
  • « des vitraux restaurés en couleurs flamboyantes ».

Dans ces exemples, ce sont bien les couleurs qui possèdent la qualité exprimée par l’adjectif (éclatantes, pastel, flamboyantes), ce qui justifie naturellement le pluriel.

Comment choisir entre les deux ?

Au moment d’écrire, le choix entre « en couleur » et « en couleurs » dépend de plusieurs facteurs : le sens, la précision, le style et parfois la cohérence dans un même texte. On peut résumer les principales tendances ainsi :

  • Opposition à « en noir et blanc » : le singulier est très courant
    • « Ce documentaire existe en noir et blanc et en couleur. »
  • Mise en valeur de la diversité des teintes : le pluriel est naturel
    • « La vitrine est décorée en couleurs pour les fêtes. »
  • Un seul nom de couleur exprimé : on privilégie le singulier
    • « une façade peinte en couleur ocre » ;
    • « un logo en couleur rouge vif ».
  • Adjectif au pluriel qualifiant les couleurs : pluriel recommandé
    • « des affiches en couleurs contrastées » ;
    • « des photos en couleurs subtiles ».
  • Style général du texte : certains auteurs ou correcteurs préfèrent systématiquement l’une ou l’autre forme pour harmoniser l’ensemble.
A voir aussi :  « On écrit “aucune réponse” ou “aucunes réponses” ? La règle d’orthographe enfin expliquée »

Dans un devoir, un rapport ou un ouvrage, l’important est surtout de rester cohérent : éviter de passer sans raison apparente de « en couleur » à « en couleurs » dans des contextes similaires.

Quelques exemples littéraires commentés

La langue littéraire offre de nombreux exemples de ces deux variantes. On y voit que le choix repose souvent sur la nuance recherchée ou sur l’équilibre de la phrase.

  • « […] et ça, comme deux taches, dans un mauvais dessin de photographie en couleur. » (Goncourt, Journal, 1894)

    Ici, le singulier souligne le procédé technique : la photographie « en couleur » s’oppose aux photographies en noir et blanc, très répandues à l’époque.
  • « […] leurs chausses de tricot blanc, à coins brodés en couleur […] » (Hugo, Notre‑Dame de Paris)

    Le singulier met l’accent sur la présence même de couleur par contraste avec le blanc du tricot.
  • « […] prétentieusement ornée de portraits en couleurs de femmes découpés dans des magazines […] » (Proust, Le Temps retrouvé)

    Le pluriel évoque des portraits variés, avec plusieurs teintes et nuances, comme dans les impressions de magazines.
  • « J’ai une illustration toute faite, une gravure en couleurs […] » (Anatole France, Edmée ou la charité bien placée)

    Le pluriel renforce l’idée d’une gravure richement colorée, polychrome.

Dans des textes plus récents, on pourrait rencontrer des phrases comme :

  • « La série est désormais disponible en streaming en couleur, alors qu’elle n’existait qu’en noir et blanc à la télévision. »
  • « Les jeux vidéo des années 1980 en 8 bits, malgré leur simplicité, proposaient déjà des univers en couleurs très marquées. »
  • « Cette campagne d’affichage en ville, entièrement en couleurs fluorescentes, attire immédiatement le regard. »

Le cas particulier de « haut en couleur(s) »

La locution « haut en couleur » (ou « haut en couleurs ») est un cas un peu à part. Elle ne décrit pas une image ou un objet, mais une personne, une histoire ou une situation marquante, originale, souvent pittoresque. Elle peut évoquer :

  • un caractère exubérant, vif, extraverti ;
  • un récit riche en détails, en rebondissements ;
  • une ambiance très vivante, pleine de contraste.
A voir aussi :  Renouvellement ou renouvèlement : quelle est la bonne orthographe et comment ne plus se tromper ?

Dans l’usage, le singulier est nettement plus fréquent. Des recherches dans des corpus de textes numérisés montrent, par exemple, plusieurs milliers d’occurrences pour « haut en couleur » et une proportion nettement plus faible pour « haut en couleurs ». On relève tout de même les deux formes.

On peut ainsi lire :

  • « Ce récit haut en couleurs a tenu en haleine les petits comme les plus grands. »

    Ici, le pluriel insiste sur la richesse des détails et la diversité des éléments constitutifs du récit.
  • « […] le Président de la Société d’Agriculture, homme haut en couleur, grand et gros […] » (Balzac, Illusions perdues)

    Le singulier fonctionne comme une expression figée pour qualifier un personnage marquant, pittoresque, qui sort de la norme.

Dans la langue actuelle, on rencontre très souvent des tournures comme :

  • « un personnage politique haut en couleur » ;
  • « une anecdote haute en couleur racontée lors du dîner » ;
  • « un quartier haut en couleurs, animé et cosmopolite ».

Pour cette locution, on choisira donc plutôt le singulier dans les contextes figés (« un personnage haut en couleur »), tout en sachant que le pluriel se trouve également, surtout quand on souligne la richesse et la variété d’un récit ou d’un décor.

En résumé : comment ne pas se tromper ?

  • Les deux formes « en couleur » et « en couleurs » sont acceptées en français.
  • Utilisez plutôt :
    • « en couleur » pour marquer la opposition à « noir et blanc » ou lorsqu’il est question d’un mode (film en couleur, photo en couleur) ;
    • « en couleur + nom de couleur » lorsqu’une seule teinte est précisée (« en couleur rouge », « en couleur bleue ») ;
    • « en couleurs » pour insister sur la multiplicité des teintes ou avec un adjectif au pluriel (« en couleurs vives », « en couleurs pastel »).
  • Pour la locution :
    • « haut en couleur » est la forme la plus courante ;
    • « haut en couleurs » existe également, notamment lorsqu’on insiste sur la richesse et la variété d’un récit ou d’un décor.
  • L’essentiel est de rester cohérent dans un même texte et d’adapter le choix à l’intention de sens.

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