Choisir entre « shampoing » et « shampooing</strong » peut sembler anodin, mais cette petite différence d’orthographe soulève des questions de bon usage, d’étymologie et même de style. Voyons en détail comment écrire ce mot, dans quels contextes l’utiliser, et ce que son histoire révèle sur l’évolution de la langue française.
« Shampoing » ou « shampooing » : les deux formes sont-elles correctes ?
En français contemporain, les deux graphies shampoing et shampooing sont admises.
La forme avec deux « o » est toutefois la plus répandue dans l’usage.
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La graphie shampooing (avec « oo ») est la plus courante, notamment :
- sur les emballages de produits capillaires,
- dans les campagnes publicitaires,
- dans une partie de la presse et des magazines.
- La graphie shampoing (avec un seul « o ») est aussi correcte et tend parfois à être préférée dans des contextes où l’on souhaite « franciser » davantage l’orthographe.
On trouve ainsi :
- des marques ou gammes qui optent systématiquement pour shampooing,
- des textes administratifs, scolaires ou pédagogiques qui privilégient parfois shampoing.
On peut résumer :
- Les deux formes sont acceptées en français.
- « Shampooing » reste la variante la plus visible dans la vie quotidienne.
Un usage courant… et quelques expressions à connaître
Dans la langue de tous les jours, le mot sert à désigner :
- le produit pour se laver les cheveux : « J’ai oublié mon shampooing à la salle de sport. » ;
- l’action de laver les cheveux : « Le coiffeur m’a fait un shampooing relaxant. »
On entend ainsi fréquemment :
- faire un shampooing : « Je vais faire un shampooing nourrissant après ma séance de piscine. »
- mettre du shampooing : « Ne mets pas trop de shampooing, une noisette suffit. »
Le mot a aussi donné naissance à des expressions plus imagées :
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Passer un shampooing à quelqu’un
Dans un registre familier, cela signifie réprimander ou gronder fortement.
Exemples :- « Le chef lui a passé un bon shampooing après son retard. »
- « Si tu continues, tu vas te faire passer un shampooing par tes parents. »
Par ailleurs, le terme a été utilisé, dans l’argot du XXᵉ siècle, avec un sens sexuel (fellation). Cet emploi était déjà marginal et est aujourd’hui largement tombé en désuétude. Dans la langue actuelle, on ne rencontre quasiment plus ce sens en dehors d’ouvrages spécialisés, de dictionnaires d’argot ou de citations anciennes.
Un faux anglicisme typiquement français
Le mot shampooing illustre un phénomène fréquent en français : le faux anglicisme.
- En anglais, le produit pour se laver les cheveux se dit shampoo.
- En français, on utilise shampooing (ou shampoing), avec la terminaison en -ing, perçue comme « anglaise » par les francophones.
On est donc face à un mot qui « sonne anglais », mais qui ne se dit pas réellement ainsi dans la langue d’origine. D’autres termes suivent la même logique en français :
- « parking » pour un parking lot,
- « lifting » pour un face-lift,
- « pressing » pour une « teinturerie ».
Dans le cas de shampooing, la langue française a conservé la forme en -ing pour désigner le produit, alors même que l’anglais a gardé une forme plus courte.
Origines du mot : de l’hindi au français
L’histoire du mot est un voyage linguistique étonnant :
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À l’origine, en hindi, on trouve le verbe chāmpnā (चांपना), qui signifie « presser, malaxer, masser ».
Ce verbe décrivait les gestes de massage, notamment du cuir chevelu et du corps. -
L’anglais emprunte ce terme et crée le verbe to shampoo, au sens de « masser, frictionner le cuir chevelu, laver la tête ».
Le nom d’action, en -ing, donne shampooing au sens de « action de masser, de frictionner ». - Au XIXᵉ siècle, le français adopte à son tour ce mot, d’abord pour désigner la technique de massage et de friction, puis, par métonymie, le produit utilisé.
On assiste donc à deux évolutions parallèles :
- En anglais : le mot shampoo finit par désigner le produit lui-même.
- En français : c’est la forme shampooing (puis shampoing) qui devient le nom du produit capillaire, tout en conservant le lien avec l’idée de massage ou de friction.
Exemples d’emploi dans la langue écrite
Pour mieux saisir l’évolution du mot, voici plusieurs exemples de phrases où l’on rencontre « shampooing » ou « shampoing » dans des contextes variés.
Le sens de massage et de friction au XIXᵉ siècle
Dans un texte du XIXᵉ siècle consacré au mouvement et à l’hygiène, on lit :
« Au rapport des Européens qui habitent dans l’Inde, c’est ordinairement après le bain que s’administrent le shampooing et la friction. Celui qui veut se faire masser est étendu sur un siège où l’opérateur manie les membres comme s’il pétrissait de la pâte. »
Ici, le mot shampooing désigne clairement une technique de massage et non un produit pour les cheveux. On retrouve le sens d’« action de masser », hérité de l’anglais, lui-même issu de l’hindi.
Un mot déjà associé aux salons de coiffure
Au début du XXᵉ siècle, le terme s’installe fermement dans l’univers de la coiffure, parfois avec une touche d’humour :
« – Voyez cette dame aux cheveux rouge carotte, Monsieur Lavaudon, que feriez-vous ? – Et l’examinateur facétieux fredonne :
Les cheveux de femme,
C’est une flamme…
– Pas de teinture, répond avec concision Jacques-Achille. Je délaisse même le broc à shampooing. Pour Madame, je prends l’extincteur !… »
Dans cet extrait, l’auteur joue sur la couleur flamboyante des cheveux et le broc à shampooing, qui renvoie à l’équipement du coiffeur. Le shampooing est déjà intégré aux gestes professionnels : c’est un produit, mais aussi une étape incontournable avant la coupe ou la mise en forme.
Le shampooing parmi les produits de soins
À une époque plus récente, le mot figure naturellement dans la description de gammes cosmétiques :
« Constituée initialement de déodorants, la gamme compte désormais 16 produits dont des dentifrices, des shampooings, un après-shampooing, des crèmes et des gommages. »
On y voit :
- le pluriel shampooings (ou shampoings, selon la graphie choisie),
- l’apparition d’après-shampooing, c’est-à-dire le soin complémentaire appliqué après le lavage.
Un mot présent dans l’univers professionnel de la coiffure
Dans le contexte des salons de coiffure, le mot désigne aussi le matériel associé :
« Après les vide-greniers, vide-maison, vide-hôtel… voici le concept du vide-salon de coiffure. Avant d’entamer de gros travaux de rénovation, la nouvelle responsable du futur ex-salon de coiffure brade bacs à shampooing et autres fauteuils. »
L’expression bacs à shampooing renvoie ici aux célèbres fauteuils inclinés munis de vasques, utilisés pour laver les cheveux des clients. Le mot s’étend donc du produit au mobilier qui lui est associé.
En résumé : comment écrire et utiliser ce mot aujourd’hui ?
Pour conclure, on peut retenir les points suivants :
- Les graphies shampoing et shampooing sont toutes deux correctes en français moderne.
- La forme shampooing (avec deux « o ») est la plus fréquente dans l’usage, notamment dans le commerce et les médias.
- Le mot désigne à la fois :
- le produit pour laver les cheveux,
- et, par extension, l’action de laver les cheveux.
- On utilise des expressions comme :
- « faire un shampooing » pour parler du lavage des cheveux,
- « passer un shampooing à quelqu’un » pour évoquer une réprimande (registre familier).
- Historiquement, le terme vient de l’anglais shampooing (« action de masser »), lui-même emprunté à l’hindi chāmpnā, et s’est transformé en nom de produit dans la langue française.
Que vous écriviez shampoing ou shampooing, l’important est de rester cohérent dans un même texte et d’adapter votre choix au registre : plus « francisé » avec un seul « o », plus « international » avec deux « o ».
