Grammaire et orthographe

« Malgré le fait que : pourquoi cette expression fait débat en français ? »

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Marie TEXIER

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L’expression « malgré le fait que » suscite souvent des questions : est-elle correcte, fautive, lourde, élégante ? En réalité, elle est parfaitement admise en français contemporain, aussi bien à l’oral …

L’expression « malgré le fait que » suscite souvent des questions : est-elle correcte, fautive, lourde, élégante ? En réalité, elle est parfaitement admise en français contemporain, aussi bien à l’oral qu’à l’écrit, mais son usage n’est pas toujours le plus fluide. Comprendre son fonctionnement, ses nuances et ses alternatives permet de rédiger des phrases plus précises et plus naturelles.

« Malgré le fait que » : une tournure correcte

La locution « malgré le fait que » est grammatiquement correcte. Elle introduit une idée de concession ou d’opposition : on affirme quelque chose tout en reconnaissant un élément contraire.

Elle peut être suivie :

  • du subjonctif : pour exprimer un fait envisagé, incertain ou subjectif ;
  • de l’indicatif : pour exprimer un fait présenté comme réel, avéré.

On la rencontre couramment dans :

  • la presse et les rapports officiels ;
  • les discussions professionnelles ;
  • la langue orale soignée.

Par exemple :

  • Malgré le fait que le projet ait été validé par le comité, certains membres restent réticents.
  • Malgré le fait que l’événement a été bien organisé, la participation est restée faible.

Dans le premier cas, le subjonctif (ait été validé) met l’accent sur une appréciation ou une vision plus nuancée. Dans le second, l’indicatif (a été bien organisé) présente le fait comme clairement établi.

Une alternative à « malgré que »

L’expression « malgré le fait que » est souvent utilisée comme forme de remplacement de « malgré que ». Cette dernière est régulièrement jugée fautive par certaines autorités linguistiques, même si elle apparaît dans la plume de nombreux écrivains classiques et modernes.

Ainsi, on entend encore :

  • « Malgré que tu sois fatigué, tu continues à travailler. »

Mais beaucoup préfèrent, par prudence ou par souci de correction :

  • « Malgré le fait que tu sois fatigué, tu continues à travailler. »

Dans des contextes scolaires ou professionnels, l’usage de « malgré le fait que » est souvent recommandé pour éviter toute critique de langage « incorrect », même si les linguistes rappellent que la langue évolue et que « malgré que » n’est pas toujours unanimement rejeté.

Un usage très courant, mais jugé parfois lourd

Depuis le XXᵉ siècle, l’emploi de « malgré le fait que » s’est largement diffusé. On la retrouve :

  • dans les journaux ;
  • dans des discours politiques ;
  • dans des travaux universitaires ;
  • dans la langue de tous les jours.

Cependant, on reproche souvent à cette tournure sa lourdeur et sa longueur, surtout lorsqu’elle est répétée plusieurs fois dans un même texte. Par exemple, dans un rapport ou un mémoire, l’accumulation de phrases du type :

  • « Malgré le fait que l’entreprise ait augmenté ses ventes… »
  • « Malgré le fait que la concurrence soit plus forte… »
  • « Malgré le fait que les coûts aient augmenté… »

donne une impression de style pesant.

A voir aussi :  « Ci-joint les documents » ou « ci-joints les documents » ? La règle d’orthographe enfin expliquée

Pour alléger la langue, on conseille souvent :

  • de choisir des tournures plus courtes ;
  • de varier les structures ;
  • de supprimer le mot « fait » quand il n’apporte rien au sens.

Ainsi, au lieu de :

  • « Malgré le fait que la réunion ait été longue, nous avons pris une décision. »

on peut très simplement écrire :

  • « Bien que la réunion ait été longue, nous avons pris une décision. »
  • ou : « Malgré la longueur de la réunion, nous avons pris une décision. »

Les principales alternatives : bien que, quoique, nonobstant que

Pour éviter la répétition ou la lourdeur de « malgré le fait que », plusieurs synonymes ou tournures proches sont possibles.

« Bien que »

« Bien que » est l’une des alternatives les plus naturelles et les plus courantes. Elle introduit, elle aussi, une concession, et se construit généralement avec le subjonctif.

Exemples :

  • Bien que cette institution ait interdit les messages politiques, certains joueurs ont tout de même porté des brassards affichant leurs convictions.
  • Bien que l’entreprise ait connu de très bons résultats ces derniers mois, le directeur général a été remercié ce matin.
  • Bien que les femmes de cette région accouchent plus tard et aient un taux d’activité élevé, l’indice de fécondité reste supérieur à celui des régions voisines.

Ces formulations sont généralement jugées plus fluides et plus élégantes que « malgré le fait que » dans un texte soigné.

« Quoique »

« Quoique » fonctionne de façon assez similaire à « bien que » et se combine également avec le subjonctif. Il apporte parfois une nuance légèrement plus soutenue.

Exemples :

  • Le directeur général a été remercié, quoique l’entreprise ait connu de bons résultats ces derniers mois.
  • Le spectacle a été maintenu, quoique la météo soit incertaine.

Dans un style administratif, académique ou littéraire, « quoique » est souvent apprécié pour sa concision et son registre légèrement plus soutenu.

« Nonobstant que »

Le terme « nonobstant » appartient à un registre très soutenu et peut se trouver sous la forme « nonobstant que ». On le rencontre principalement dans des textes juridiques, officiels ou volontiers solennels.

A voir aussi :  « N’oublie pas » ou « n’oublies pas » : la règle d’orthographe (et l’astuce pour ne plus se tromper)

Exemples :

  • Les deux témoins sont venus à la soirée, nonobstant qu’ils soient malades.
  • Le contrat est maintenu, nonobstant que certaines conditions n’aient pas été remplies dans les délais.

Dans la langue courante, on préfère des formes plus simples comme « bien que » ou « quoique ».

Exemples détaillés d’usage de « malgré le fait que »

Voici quelques phrases illustrant différents contextes d’utilisation.

Contexte politique ou social

  • Malgré le fait que cette institution ait interdit aux joueurs les messages politiques, certains ont bravé l’interdit pour porter des brassards indiquant leurs convictions.
  • Malgré le fait que des campagnes de sensibilisation aient été menées, une partie de la population reste méfiante envers la vaccination.

Contexte professionnel et économique

  • Le directeur général a été remercié ce matin, malgré le fait que l’entreprise ait connu de très bons résultats ces derniers mois.
  • Malgré le fait que le chiffre d’affaires ait augmenté de 15 % en un an, la direction reste prudente dans ses investissements.
  • Malgré le fait que l’équipe ait atteint tous ses objectifs, le budget du service a été revu à la baisse.

Contexte personnel ou relationnel

  • Je t’aime malgré le fait que tu m’aies insulté.
  • Malgré le fait que nous n’ayons pas les mêmes opinions, nous continuons à nous respecter.
  • Malgré le fait que tu sois souvent en retard, je peux compter sur toi dans les moments importants.

Contexte démographique et social

  • L’indice de fécondité de cette région est supérieur à celui de ses voisines, malgré le fait que les femmes y accouchent plus tard et que leur taux d’activité soit bien supérieur.
  • Malgré le fait que la population vieillisse, la participation à la vie associative demeure élevée.

Erreurs fréquentes et points de vigilance

Certaines formulations mélangent les structures ou produisent des tournures maladroites. Par exemple :

  • « Mes deux témoins sont venus à la soirée, malgré que le fait qu’ils sont malades. »

Cette phrase cumule plusieurs problèmes :

  • la combinaison inutile de « malgré que » et « le fait que » ;
  • un choix de mode discutable (ils sont malades à l’indicatif dans un contexte où le subjonctif est plus naturel) ;
  • une lourdeur évidente.

On préfèrera :

  • « Mes deux témoins sont venus à la soirée, bien qu’ils soient malades. »
  • ou, dans un registre soutenu : « Mes deux témoins sont venus à la soirée, nonobstant qu’ils soient malades. »
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Autres points à surveiller :

  • éviter la répétition systématique de « malgré le fait que » dans un même texte ;
  • choisir le subjonctif lorsqu’on exprime une nuance, une appréciation ou une situation non totalement factuelle ;
  • simplifier dès que possible : souvent, « malgré » suivi d’un nom ou « bien que » suffisent largement.

Comment choisir la meilleure tournure ?

Pour décider entre « malgré le fait que » et ses alternatives, on peut se poser quelques questions simples :

  • Quel est le niveau de langue souhaité ?
    Langue courante et fluide : privilégier « bien que » ou « quoique ».
    Langue soutenue ou juridique : « nonobstant que » peut être envisagé, avec prudence.
  • Le style doit-il être concis ?
    Dans un e-mail professionnel, une présentation ou un article court, il est souvent judicieux d’alléger : « bien que » est plus direct que « malgré le fait que ».
  • Y a-t-il un risque de répétition ?
    Si plusieurs phrases commencent par « malgré le fait que », alterner avec « bien que », « quoique » ou transformer la phrase (par exemple en utilisant « malgré » + nom).

Quelques reformulations possibles :

  • « Malgré le fait que le budget soit limité… »« Bien que le budget soit limité… »
  • « Malgré le fait que les délais aient été raccourcis… »« Quoique les délais aient été raccourcis… »
  • « Malgré le fait que la météo soit mauvaise… »« Malgré la mauvaise météo… »

En résumé

  • « Malgré le fait que » est une tournure correcte et largement utilisée.
  • Elle introduit une concession et peut être suivie du subjonctif ou de l’indicatif, selon la nuance souhaitée.
  • On lui reproche toutefois une certaine lourdeur, surtout lorsqu’elle est répétée.
  • Des alternatives plus concises et souvent plus élégantes existent : « bien que », « quoique », ou, dans un registre soutenu, « nonobstant que ».
  • Pour un style clair et agréable, il est utile de varier les structures et de simplifier quand cela est possible.

En maîtrisant ces nuances, on gagne en précision et en souplesse d’expression, tout en adaptant son langage au contexte, au registre et au public visé.

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