La question de l’orthographe de « relai » ou « relais » revient souvent, y compris chez des locuteurs expérimentés. Les deux formes sont aujourd’hui admises, mais elles n’ont pas le même statut ni la même fréquence d’usage. Comprendre leur origine, leur évolution et leurs emplois permet d’écrire avec davantage de précision et de confiance.
Origine et forme traditionnelle : « relais »
La forme historique et la plus répandue est « relais », avec un s final. Elle s’est imposée très tôt dans la langue française.
À l’origine, ce mot vient du vocabulaire de la chasse. Il désignait notamment :
- le moment de repos des chiens pendant une chasse prolongée ;
- un groupe de chiens frais que l’on plaçait plus loin sur le parcours du gibier pour prendre le relais des premiers.
On retrouve aussi une parenté avec le verbe ancien « relaisser », qui signifiait « s’arrêter de fatigue ». Cette idée d’interruption, de succession ou de remplacement se retrouve dans presque tous les sens modernes du mot.
Aujourd’hui, « relais » apparaît dans de nombreux contextes :
- Transports : un relais de poste, un hôtel relais, un relais routier ;
- Sport : une course en relais 4 × 100 m, un relais de biathlon ;
- Télécommunications : un relais radio, un relais de télévision ;
- Électricité / technique : un relais électrique, un relais de sécurité ;
- Vie courante : un point relais pour retirer des colis, passer le relais à quelqu’un dans un projet.
Dans tous ces emplois, le sens renvoie à l’idée de continuité assurée par un autre, de transmission ou de reprise de fonction.
La réforme de 1990 : apparition de « relai »
En 1990, un ensemble de recommandations officielles a proposé des rectifications de l’orthographe. L’un des objectifs était d’harmoniser certaines familles de mots et de réduire les irrégularités.
Dans ce cadre, on a suggéré d’écrire « relai » (sans « s ») pour aligner :
- relai / relayer, sur le modèle de :
- essai / essayer ;
- balai / balayer ;
- délai / délayer.
L’idée était donc de rendre plus prévisible la correspondance entre le nom et le verbe :
- si l’on écrit un balai, on écrit balayer ;
- si l’on écrit un délai, on écrit délayer ;
- par analogie, on pouvait écrire un relai pour retrouver relayer.
La forme « relai » est donc officiellement admise depuis ces rectifications. Elle n’est pas fautive, mais elle reste moins fréquente dans la pratique.
Quelle forme est la plus utilisée ?
En dépit de la proposition de 1990, l’usage courant favorise très nettement la forme « relais ».
Si l’on s’en tient à des approximations fondées sur des recherches dans la presse ou sur le web :
- « relais » apparaît plusieurs millions de fois ;
- « relai » n’apparaît que quelques milliers de fois.
Autrement dit :
- « relais » est la graphie largement majoritaire dans les journaux, les ouvrages contemporains, les documents administratifs ou techniques ;
- « relai » reste une graphie minoritaire, bien que reconnue par les rectifications.
Dans un texte destiné à un large public, à l’école ou dans un cadre professionnel, il est donc généralement préférable d’utiliser « relais », qui sera immédiatement reconnu par tous.
Exemples détaillés avec « relais »
Voici quelques exemples illustrant l’emploi de « relais » dans différents contextes.
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Contexte historique et littéraire :
« En quittant le bassin du Danube, on gravit des escarpements. Kirn, le premier relais, est perché sur une rude côte, du sommet de laquelle, à travers les nues aqueuses, j’ai découvert des collines mornes et de pâles vallées. »
Dans cet exemple, « relais » désigne une étape sur un trajet, un endroit où l’on peut se reposer ou changer de monture. -
Succession de points d’arrêt :
« Au relais suivant, qui fut atteint avec une grande rapidité, Saint-Julien descendit, dans la crainte d’abuser de la permission qu’on lui avait donnée. »
Ici encore, « relais » renvoie à un point intermédiaire sur un parcours, typique de l’ancienne organisation des postes. -
Transmission de responsabilité :
« Aujourd’hui, alors que l’architecte de ce rapprochement passe le relais de la direction générale à sa successeure, ce montant s’élève à près de 1 800 milliards. »
« Passer le relais » est une expression très fréquente dans le langage des affaires, de la politique ou du sport, pour signifier qu’on confie une fonction, un projet ou une mission à quelqu’un d’autre.
D’autres emplois quotidiens de « relais » :
- Un relais colis : lieu où l’on dépose ou récupère des paquets commandés en ligne ;
- Un relais de montagne : petit établissement accueillant les voyageurs sur une route de montagne ;
- Un relais humanitaire : association locale qui prend le relais d’une organisation nationale.
Exemples détaillés avec « relai »
La forme « relai » apparaît plus rarement, mais on la rencontre aussi bien dans des textes anciens que dans des écrits contemporains.
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Dans la littérature du XIXᵉ siècle :
« […] seulement les patrons du relai de poste, braves gens, obligèrent le père à reconnaître sa petite […] »
Ici, « relai de poste » désigne un établissement où l’on pouvait changer de chevaux et faire une halte. On y voit une orthographe qui, à l’époque, n’était pas encore totalement stabilisée. -
Topographie et voyage :
« Puis elle entre résolument dans la forêt […] pour n’en sortir, deux lieues et demie plus loin, qu’au relai de poste nommé Vertefeuill. »
De nouveau, « relai de poste » évoque un point d’étape sur un itinéraire, comme une sorte d’ancêtre des stations-service actuelles. -
Usage moderne, contexte technique :
« Une contrainte qui frappe toute la commune. […] Ainsi, pour les 450 habitants, le seul espoir réside dans un relai téléphonique ; la préfecture a promis sa construction d’ici août 2021. »
Dans ce cas, « relai téléphonique » fait référence à une infrastructure de télécommunication (antenne, émetteur) destinée à améliorer la réception dans une zone mal couverte.
On peut aussi rencontrer « relai » dans des textes qui appliquent systématiquement les rectifications de 1990, par souci de cohérence orthographique :
- « Un relai satellite transmettra le signal vers la zone polaire. »
- « Ce laboratoire sert de relai scientifique entre deux grands centres de recherche. »
Comment choisir entre « relai » et « relais » ?
Pour décider quelle graphie utiliser, quelques repères simples peuvent être utiles.
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Pour une écriture standard et consensuelle :
Privilégiez « relais ».
C’est la forme :- la plus répandue dans la population ;
- enseignée traditionnellement à l’école ;
- utilisée par la majorité des médias, administrations et maisons d’édition.
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Pour appliquer strictement les rectifications de 1990 :
Vous pouvez choisir « relai », surtout si vous harmonisez d’autres mots selon ces recommandations (évènement, cout, ognon, etc.). Dans ce cas, il est conseillé de :- prévenir vos lecteurs (par exemple dans une note en début d’ouvrage) que vous suivez l’orthographe rectifiée ;
- rester cohérent : ne pas alterner « relai » et « relais » dans un même texte.
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À l’école ou dans un cadre d’examen :
Les deux formes sont officiellement admises, mais certains correcteurs peuvent considérer « relais » comme la forme la plus « sûre ».
Pour éviter toute ambiguïté, beaucoup d’enseignants recommandent d’utiliser « relais ».
Résumé : que retenir ?
Pour finir, on peut synthétiser les points essentiels :
- « relais » :
- forme traditionnelle ;
- largement majoritaire dans l’usage ;
- employée dans la littérature, la presse, les administrations, la vie quotidienne ;
- recommandée si vous voulez éviter toute hésitation chez vos lecteurs.
- « relai » :
- forme rectifiée (proposition de 1990) ;
- graphie moins fréquente, mais correcte ;
- choisie par certains pour aligner relai / relayer sur des couples comme essai / essayer ;
- à utiliser de préférence dans un texte qui adopte l’orthographe rectifiée de manière systématique.
En pratique, vous pouvez donc écrire aussi bien « passer le relais » que, plus rarement, « passer le relai ». La première forme reste de loin la plus familière aux yeux des lecteurs et demeure le choix le plus naturel dans la plupart des situations.
