Les mots du français peuvent parfois prêter à confusion, surtout à l’oral. C’est le cas de la locution « qu’est-ce que », souvent réduite, à tort, à « quesque » dans la langue parlée. Derrière cette tournure en apparence banale se cache une structure grammaticale précise, une histoire riche et des nuances d’usage qu’il est utile de connaître, que l’on rédige un texte soigné, un courriel professionnel ou un dialogue de roman.
À retenir en un coup d’œil
- Structure correcte : « qu’est-ce que » se compose de que + est-ce + que.
Ex. : « Qu’est-ce que vous faites ce soir ? » - « Quesque » est fautif à l’écrit : on évitera « Quesque tu fais ? » dans tout texte soigné.
- Usage très fréquent : la locution s’emploie dans tous les registres de langue courants, pour interroger, s’exclamer, exprimer une émotion, etc.
- Origine historique : la forme se stabilise entre le XIVᵉ et le XVIᵉ siècle, pour rendre la question plus claire et plus marquée.
- Style soutenu : dans les contextes très formels, on préfère souvent l’inversion du sujet : « Que souhaitez-vous ? » plutôt que « Qu’est-ce que vous souhaitez ? ».
Définition et usage de « qu’est-ce que »
La locution « qu’est-ce que » réunit trois éléments distincts :
- « que » : pronom interrogatif, qui introduit la question ;
- « est-ce » : forme du verbe être inversé, marqueur de l’interrogation ;
- « que » (second) : conjonction, qui relie la structure interrogative au reste de la phrase.
Elle sert principalement à :
- poser une question directe :
« Qu’est-ce que le bonheur pour vous ? »
« Qu’est-ce que cette appli dont tout le monde parle ? » - renforcer l’interrogation dans la langue courante :
« Qu’est-ce que tu regardes ? » (plus spontané que « Que regardes-tu ? ») - exprimer une émotion forte (surprise, admiration, agacement, etc.) :
« Qu’est-ce qu’il fait chaud aujourd’hui ! »
« Qu’est-ce que tu conduis vite ! »
Cette flexibilité explique que la locution soit omniprésente dans les dialogues de films, les conversations du quotidien, mais aussi dans certains écrits littéraires qui veulent reproduire la langue parlée.
Analyse grammaticale détaillée
Pour bien maîtriser « qu’est-ce que », il est utile d’en comprendre le fonctionnement interne :
- Premier « que » : il s’agit d’un pronom interrogatif. Il remplace ce dont on parle sans le nommer : une chose, une idée, un concept.
Ex. : « Qu’ est-ce que tu cherches ? » = « Quelle chose est-ce que tu cherches ? » - « est-ce » : c’est le verbe être à la troisième personne du singulier, avec inversion du sujet pour marquer la question (« est-ce » au lieu de « c’est »).
Cette inversion est un procédé classique de l’interrogation en français : « Est-ce vrai ? », « Est-ce possible ? ». - Second « que » : conjonction qui introduit la proposition principale.
Il permet de relier l’ensemble « qu’est-ce » au reste de la phrase : « … que tu fais ? », « … que cela signifie ? ».
On pourrait schématiser la structure ainsi :
- Qu’ (pronom interrogatif) + est-ce (verbe être inversé) + que (conjonction) + proposition.
Comparaison des usages possibles
La locution « qu’est-ce que » entre souvent en concurrence avec d’autres formes interrogatives, notamment l’inversion simple ou « que + sujet + verbe ». On peut comparer :
- Question directe
« Qu’est-ce que vous pensez de ce film ? »
« Que pensez-vous de ce film ? » (plus soutenu)
« Vous pensez quoi de ce film ? » (très familier) - Exclamation
« Qu’est-ce qu’il court vite ! »
« Comme il court vite ! »
« Il court drôlement vite ! » - Question rhétorique (dont on n’attend pas toujours de réponse)
« Qu’est-ce que je n’ai pas fait pour vous ? »
« Que n’ai-je pas fait pour vous ? » (forme plus littéraire)
On constate que « qu’est-ce que » se situe généralement dans un registre courant, naturel et spontané, alors que l’inversion (« Que pensez-vous ? ») relève d’un style plus soutenu, souvent utilisé à l’écrit formel, dans les discours officiels ou les examens.
Le cas problématique de « quesque »
La forme « quesque » est le résultat d’une contraction orale de « qu’est-ce que ». À l’oral, on entend en effet souvent quelque chose qui ressemble à « kèss-ke ». Cette prononciation rapide est très répandue dans la langue familière.
Cependant :
- À l’écrit, « quesque » est considéré comme incorrect dans l’usage standard.
- On écrira toujours :
« Qu’est-ce que vous faites ? »
et non : « Quesque vous faites ? ». - La seule exception admissible est la transcription volontaire d’un parler populaire ou familier dans un texte de fiction, une bande dessinée, un sketch, etc., pour reproduire une prononciation.
Ex. dans un dialogue : « Mais quesque tu fiches encore ici ? » (choix stylistique).
Quelques exemples comparés :
- « Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? » (forme correcte et neutre)
- « Quesque c’est que cette histoire ? » (forme fautive dans un écrit soigné)
- « Qu’est-ce que tu as fait encore ? » (correct)
- « Quesque t’as fait encore ? » (acceptable seulement pour mimer la langue parlée).
Nuances d’emploi dans le français contemporain
Aujourd’hui, « qu’est-ce que » permet de véhiculer différentes nuances d’intonation selon le contexte et la situation de communication :
- La surprise
« Qu’est-ce que tu me racontes là ? »
« Qu’est-ce que c’est que cette nouvelle ? » - L’émerveillement ou l’admiration
« Qu’est-ce que c’est beau ici ! »
« Qu’est-ce qu’elle chante bien ! » - L’agacement, le reproche
« Qu’est-ce que tu peux être en retard ! »
« Qu’est-ce que vous faites encore là ? »
Dans la pratique :
- dans la langue courante, « qu’est-ce que » est parfaitement standard et largement accepté, y compris dans les médias ou les conversations professionnelles orales ;
- dans un style très soutenu (rédaction administrative, thèse, discours officiel), on privilégiera plutôt des tournures comme :
« Que désirez-vous ? »
« Que souhaitez-vous obtenir ? »
« Que recherchez-vous exactement ? »
Évolution historique de la locution
La forme actuelle « qu’est-ce que » n’a pas toujours existé telle quelle. Son évolution illustre la tendance du français à renforcer l’indication de l’interrogation.
- Ancien français : on utilisait souvent le simple « que » pour interroger.
Ex. : « Que voulez-vous ? », « Que dites-vous ? ». - Du XIVᵉ au XVIᵉ siècle : la langue française développe des formes plus complexes pour rendre l’interrogation plus claire et plus marquée. On voit apparaître des tournures comme :
« Que est-ce que… » puis « Qu’est-ce que… ». - Stabilisation de la forme : la locution devient progressivement une des façons les plus fréquentes de poser une question portant sur une chose ou une notion abstraite.
Certains parlers régionaux ou variétés du français ont conservé ou développé leurs propres variantes, par exemple :
- « Qu’est-ce que c’est que ça ? »
- « C’est quoi ça ? » (très familier, mais courant à l’oral)
On estime aujourd’hui que, dans la langue parlée courante, les tournures du type « qu’est-ce que… » et « c’est quoi… » représentent une très grande proportion des questions portant sur un objet ou une notion, bien davantage que la forme soutenue « que + inversion ».
Présence dans la langue littéraire
La tournure « qu’est-ce que » ne se cantonne pas à la langue familière ; on la retrouve aussi dans de nombreux textes littéraires, notamment quand les auteurs veulent :
- retranscrire le langage oral de leurs personnages ;
- introduire une question philosophique ou abstraite ;
- créer un effet de suspense ou de dramatisation.
On peut rencontrer, par exemple, des interrogations du type :
- « Qu’est-ce que la liberté ? »
- « Qu’est-ce que l’homme révolté ? »
- « Qu’est-ce que cette étrange insistance ? »
Ces questions servent à ouvrir un débat, à amorcer une réflexion profonde ou à dévoiler l’état d’esprit d’un personnage. La locution peut donc apparaître dans des textes très sérieux, pas seulement dans les dialogues familiers.
Conseils pratiques pour bien utiliser « qu’est-ce que »
Pour résumer et appliquer facilement ces règles dans vos écrits :
- À l’écrit soigné (devoir, courriel professionnel, rapport, mémoire) :
- Utilisez systématiquement la forme « qu’est-ce que » lorsque vous posez une question de type « Qu’est-ce que… ? » ;
- Évitez absolument « quesque », qui est perçu comme une faute.
- En style très formel ou académique :
- Privilégiez l’inversion du sujet :
« Que faites-vous ? », « Que proposez-vous ? », « Que signifie ce terme ? » ; - Réservez « qu’est-ce que » aux passages plus narratifs ou aux citations de parole.
- Privilégiez l’inversion du sujet :
- Dans un texte de fiction, un dialogue ou un scénario :
- « Qu’est-ce que » convient pour un registre courant, naturel ;
- « Quesque » peut être utilisé ponctuellement, de manière volontaire, pour imiter un parler très familier, mais en connaissance de cause.
En conclusion
- « Qu’est-ce que » est la forme correcte et standard, aussi bien à l’oral qu’à l’écrit.
- « Quesque » n’est qu’une déformation orale et doit être proscrite dans tout texte soigné.
- Dans un registre soutenu, on privilégiera des formulations avec inversion : « Que faites-vous ? », « Que voulez-vous dire ? ».
- Connaître ces nuances permet d’adapter son expression au contexte, de la conversation familière au discours le plus formel.
