Grammaire et orthographe

« Pécunier » ou « pécuniaire » : quelle est la bonne orthographe ?

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Marie TEXIER

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Une confusion revient souvent à l’écrit comme à l’oral : doit-on dire « pécunier » ou « pécuniaire » ? Cette hésitation peut sembler anodine, mais elle entraîne une faute …

Une confusion revient souvent à l’écrit comme à l’oral : doit-on dire « pécunier » ou « pécuniaire » ? Cette hésitation peut sembler anodine, mais elle entraîne une faute de langue. Clarifier ce point permet d’écrire avec davantage de précision, notamment dans les contextes juridiques, économiques ou administratifs où les termes relatifs à l’argent sont fréquents.

« Pécuniaire » : la seule forme correcte

Le mot correct est pécuniaire.
Il vient du latin pecunarius, qui signifie « relatif à l’argent ». En français, cet adjectif qualifie tout ce qui a un lien direct avec l’argent, les sommes d’argent ou les intérêts financiers.

On l’emploie, par exemple, pour parler de :

  • sanctions ou amendes pécuniaires (qui se paient en argent) ;
  • pertes ou avantages pécuniaires (gains ou pertes d’argent) ;
  • difficultés, soucis ou contraintes pécuniaires (problèmes d’argent).

Il ne faut donc jamais écrire « pécunier » ou « pécunière » : ces formes sont incorrectes en français standard et relèvent du barbarisme, c’est-à-dire d’une déformation fautive d’un mot ou d’une forme grammaticale.

Un adjectif épicène : même forme au masculin et au féminin

L’adjectif pécuniaire est dit épicène : sa forme ne change pas selon le genre.

  • au masculin : un intérêt pécuniaire, un enjeu pécuniaire, un risque pécuniaire ;
  • au féminin : une sanction pécuniaire, une aide pécuniaire, une motivation pécuniaire.

On ne dira donc jamais « un pécunier avantage » ou « une aide pécunière », mais bien :

  • un avantage pécuniaire ;
  • une aide pécuniaire.

Exemples d’emploi de « pécuniaire »

Voici quelques phrases illustrant l’usage correct du mot :

  • Ce couple était très aigri par de terribles pertes pécuniaires.
    On insiste ici sur l’importance des pertes d’argent, qui affectent la situation matérielle et psychologique du couple.
  • Le peuple trouvait scandaleux les nombreux avantages pécuniaires dont bénéficiait la classe au pouvoir, au point de se révolter.
    L’expression « avantages pécuniaires » fait référence aux privilèges financiers (salaires, primes, indemnités…) jugés excessifs.
  • Par gêne pécuniaire, elle renonça à poursuivre ses études à l’étranger.
    La décision est directement liée à un manque de moyens financiers.
  • Cette association apporte une aide pécuniaire ponctuelle aux familles en difficulté.
    Il s’agit ici d’un soutien versé sous forme d’argent, et non de dons matériels.
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On rencontre aussi « pécuniaire » dans un style plus littéraire pour décrire des situations de gêne financière mêlées à d’autres sentiments : honte, crainte, habitudes, etc.

Des adjectifs en -aire de même fonctionnement

Le cas de pécuniaire n’est pas isolé. De nombreux adjectifs en -aire fonctionnent de la même manière : ils n’ont pas de forme en « -ier » et se prononcent de la même façon au masculin et au féminin.

Par exemple :

  • judiciaire : relatif à la justice
    • un dossier judiciaire ;
    • une affaire judiciaire.
  • sanitaire : relatif à la santé
    • un risque sanitaire ;
    • une crise sanitaire.
  • monétaire : relatif à la monnaie
    • un système monétaire ;
    • une politique monétaire.
  • ferroviaire : relatif au chemin de fer
    • un réseau ferroviaire ;
    • une ligne ferroviaire.

Dans tous ces cas, inventer une forme comme « judicier », « sanitier » ou « monétier » serait aussi fautif que « pécunier ».

L’adverbe : « pécuniairement »

De l’adjectif pécuniaire est dérivé l’adverbe pécuniairement.
Il signifie « du point de vue de l’argent », « sur le plan financier ».

On peut l’utiliser pour nuancer un jugement :

  • Pécuniairement, l’opération a été un échec, mais elle a renforcé leur image de marque.
  • Il y perdit pécuniairement parlant, mais y gagna en expérience.
  • Ce choix n’est pas avantageux pécuniairement, mais il offre plus de temps libre.

Cet adverbe permet de préciser que l’on considère uniquement l’aspect financier d’une situation, sans juger les autres dimensions (morale, personnelle, symbolique, etc.).

« Pécunieux » : riche, fortuné

À côté de « pécuniaire », il existe l’adjectif pécunieux, souvent moins connu. Il signifie : « qui dispose de beaucoup d’argent », « qui est riche ».

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Quelques exemples :

  • Les clients les plus pécunieux bénéficient de services personnalisés.
  • Dans ce quartier très pécunieux, les loyers dépassent largement la moyenne nationale.
  • Cette partition entre pécunieux et laborieux ne reflète pas la diversité des situations sociales.

On peut l’utiliser dans des études sociologiques, économiques ou dans un style journalistique pour évoquer des catégories de population financièrement aisées.

« Impécunieux » : dans le besoin, sans argent

L’antonyme de « pécunieux » est impécunieux. Il qualifie une personne ou un État qui manque d’argent, qui est en difficulté financière.

Exemples d’emploi :

  • Étudiant impécunieux, il cumulait plusieurs petits jobs pour payer son loyer.
  • Les États impécunieux doivent souvent recourir à l’emprunt pour financer leurs dépenses.
  • Cette fondation vient en aide aux artistes impécunieux en leur offrant des bourses.

On l’emploie souvent dans un registre soutenu, notamment en analyse économique, en journalisme ou dans la littérature pour désigner des situations de grande dépendance financière.

Résumé pratique pour ne plus confondre

Pour mémoriser rapidement :

  • pécuniaire : relatif à l’argent
    • une amende pécuniaire ;
    • des difficultés pécuniaires.
  • pécuniairement : sur le plan financier
    • « Pécuniairement, ce choix n’est pas rentable. »
  • pécunieux : qui a beaucoup d’argent ;
  • impécunieux : qui manque d’argent.

Et surtout :

  • « pécunier » et « pécunière » n’existent pas en français correct.

En gardant ces quelques repères, il devient facile d’employer le mot juste et d’éviter un barbarisme qui, dans un CV, un courrier professionnel ou un texte académique, peut être particulièrement malvenu.

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