Grammaire et orthographe

« Infatigable » ou « infatiguable » : quelle est la bonne orthographe ?

Publié le

Marie TEXIER

• Temps de lecture : environ

placeholder

Marie TEXIER

• Temps de lecture

placeholder

L’orthographe de certains mots en français peut prêter à confusion, notamment lorsque la prononciation semble suggérer une lettre qui n’apparaît pas à l’écrit. C’est précisément le cas de « infatigable …

L’orthographe de certains mots en français peut prêter à confusion, notamment lorsque la prononciation semble suggérer une lettre qui n’apparaît pas à l’écrit. C’est précisément le cas de « infatigable », que l’on voit parfois écrit à tort « infatiguable ». Voici un tour d’horizon complet pour ne plus hésiter et comprendre les règles qui se cachent derrière cette forme.

« Infatigable » ou « infatiguable » : quelle est la bonne forme ?

Le seul mot correct en français est infatigable, sans « u » après le « g ».

Pourquoi ? Parce qu’en français, la lettre « g » se prononce généralement :

  • [g] dur devant les voyelles a, o, u (comme dans gare, gomme, guerre) ;
  • [ʒ] doux devant e et i (comme dans geler, girafe).

Pour conserver le son [g] dur devant « e » ou « i », on insère un u :

  • fatiguer → le « u » sert à conserver le son [g] dur devant « e » ;
  • manger / mangeons obéit à la même logique, mais avec la lettre « e » pour garder le son [ʒ].

En revanche, devant la voyelle a, le « g » est déjà dur par nature : il n’y a donc aucun besoin d’ajouter un « u ». La forme infatiguable est donc erronée : le « u » y serait superflu.

Le lien avec le verbe « fatiguer » et les verbes en -guer

Le doute vient souvent du verbe fatiguer, qui, lui, s’écrit bien avec un « u ». Ce verbe appartient au groupe des verbes en -guer (fatiguer, prodiguer, cataloguer, etc.).

Pour ces verbes, les terminaisons conjuguées conservent le « u » devant « a » ou « o », non pas pour des raisons de sonorité, mais parce que le radical écrit est fatigu-. On écrit ainsi :

  • fatiguant (participe présent) ;
  • nous fatiguons (1re personne du pluriel) ;
  • il fatiguait (imparfait) ;
  • ils prodiguaient (pour le verbe prodiguer).
A voir aussi :  Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement : comment appliquer la méthode de Nicolas Boileau-Despréaux aujourd’hui pour mieux s’exprimer

Dans tous ces cas, le « u » fait partie du radical fatigu- et se maintient même lorsque la logique phonétique ne l’exige plus. On parle de cohérence morphologique : on garde la même base écrite pour toutes les formes du verbe.

À l’inverse, infatigable n’est pas une forme conjuguée du verbe, mais un adjectif construit sur la racine « fatig- », sans maintien du « u ».

« Infatigable » : nature grammaticale et sens

Le mot infatigable est un adjectif qualificatif. Il ne désigne pas une action, mais une caractéristique.

Il vient du latin infatigabilis, de même sens, formé sur :

  • le préfixe in- qui marque la négation (« non », « sans ») ;
  • le radical lié à fatigare, « fatiguer » ;
  • le suffixe -abilis, qui a donné en français le suffixe -able.

Au sens propre, infatigable qualifie quelqu’un ou quelque chose :

  • qui ne se fatigue pas facilement ;
  • ou sur lequel la fatigue a peu de prise.

Par extension, on l’emploie souvent au sens figuré pour parler :

  • d’une personne extrêmement persévérante ;
  • d’un travailleur acharné, qu’il soit physique ou intellectuel ;
  • d’une activité qui semble ne jamais s’arrêter.

On peut l’accorder en genre et en nombre :

  • un chercheur infatigable ;
  • une militante infatigable ;
  • des enfants infatigables ;
  • des équipes infatigables.

Exemples concrets d’utilisation de « infatigable »

Pour bien mémoriser l’orthographe, rien de mieux que de voir le mot en contexte.

  • Elle était infatigable dans sa quête de la vérité, passant des heures à fouiller dans des documents et des archives pour répondre à la moindre interrogation.
  • Mes enfants sont infatigables : après deux heures de course au parc, ils veulent encore jouer en rentrant à la maison.
  • Notre équipe de bénévoles est infatigable : elle a distribué plusieurs centaines de repas en une seule journée sans jamais se plaindre.
  • C’est un lecteur infatigable : il peut terminer un roman de cinq cents pages en un week-end.
  • Le journaliste, infatigable enquêteur, n’a cessé de poser des questions jusqu’à démêler toute l’affaire.
A voir aussi :  « Il a plu » ou « il a plut » ? La règle d’orthographe enfin expliquée simplement

Dans la langue littéraire, l’adjectif est très apprécié pour souligner l’endurance, la patience ou la persévérance admirable d’un personnage ou d’un narrateur.

On le trouve par exemple chez plusieurs grands auteurs :

« Mais c’était un grand secret, leurs amis le cachaient. Ces pauvres jeunes gens à vision étaient presque toujours à l’infirmerie. Une centaine d’autres réunissaient à une foi robuste une infatigable application. »

« Honneur donc aux savants généreux ! honneur à ces esprits infatigables qui consacrent leurs veilles à l’amélioration ou bien au soulagement de leur espèce ! Honneur ! trois fois honneur ! »

« Et pour comprendre ce que c’était que la valeur militaire, je demandais des comparaisons entre les généraux dont je savais les noms, lequel avait le plus une nature de chef, des dons de tacticien, quitte à ennuyer mes nouveaux amis, qui du moins ne le laissaient pas voir et me répondaient avec une infatigable bonté. »

Dans ces extraits, infatigable renforce l’idée d’une énergie morale ou physique qui semble inépuisable : application, dévouement, bonté, recherche constante.

Astuces pour se souvenir de la bonne orthographe

Pour ne plus confondre infatigable et la forme fautive « infatiguable », on peut utiliser quelques repères mnémotechniques :

  • Se rappeler que infatigable est un adjectif et non un verbe : il ne suit pas la logique des terminaisons verbales en -guer.
  • Comparer avec d’autres adjectifs de même formation :
    • incassable, pas « incassuable » ;
    • immaniable, pas « immaniableu » ;
    • invariable, pas « invariauable ».

    Même schéma : préfixe (in-, im-), radical, puis -able.

  • Penser à la prononciation : le « g » devant « a » est naturellement dur, donc on n’ajoute pas de « u ».

À retenir

  • La forme correcte est : infatigable.
  • La forme « infatiguable » est incorrecte.
  • Infatigable est un adjectif signifiant « qui ne se fatigue pas facilement », « d’une endurance remarquable ».
  • Le verbe fatiguer, lui, conserve le « u » dans ses formes conjuguées (fatiguant, nous fatiguons, fatiguait…), car le radical écrit est fatigu-.

En résumant : on conjugue fatiguer avec un « u », mais on décrit une personne ou une chose comme infatigable, sans « u ». Ainsi, votre endurance orthographique sera, elle aussi, infatigable.

A voir aussi :  On écrit « je me suis dit » ou « je me suis dis » ? La règle d’orthographe enfin clarifiée

Tags

À propos de l'auteur, Marie TEXIER

4.7/5 (9 votes)