Faut-il écrire « faire bonne chère » ou « faire bonne chair » ? La confusion est fréquente, et pourtant une seule orthographe est correcte. Comprendre l’origine de cette expression permet non seulement d’éviter la faute, mais aussi de mieux apprécier la richesse de la langue française.
Quelle est la bonne orthographe : « bonne chère » ou « bonne chair » ?
La seule forme correcte est : faire bonne chère.
L’expression est souvent mal orthographiée, car le mot « chère » n’est presque plus utilisé en français moderne dans ce sens. On le retrouve principalement dans cette tournure figée. À l’inverse, « chair » est bien connu pour désigner la viande ou le corps, d’où la confusion.
- Bonne chère : forme correcte, expression figée.
- Bonne chair : forme incorrecte dans ce contexte, à éviter.
Écrire « faire bonne chair » reviendrait littéralement à parler de « bonne viande », ce qui n’est pas le sens de l’expression, même si l’idée de repas copieux n’est jamais bien loin.
Origine du mot « chère » dans cette expression
Le mot « chère » vient du bas latin cara, qui signifie « visage », lui-même issu du grec kara, « tête, visage ». Il avait donc, à l’origine, un lien avec l’apparence et l’expression du visage.
Autrefois, « faire bonne chère » signifiait littéralement « faire bon visage », c’est-à-dire :
- montrer un visage avenant, souriant ;
- réserver un bon accueil à quelqu’un ;
- se montrer chaleureux, hospitalier.
Avec le temps, l’accueil chaleureux s’est naturellement associé à l’idée de bien nourrir ses invités. Cette évolution sémantique a été favorisée par la proximité sonore avec « chair » (la viande), ce qui a renforcé le lien avec le repas.
Évolution du sens : de l’accueil au bon repas
Au XIVᵉ siècle, le sens principal de l’expression renvoyait à l’attitude envers les invités : on faisait bonne chère en montrant de la bienveillance, de la générosité, un visage ouvert. Cet usage ancien n’est presque plus perçu aujourd’hui, ce qui explique que l’expression paraisse un peu vieillie ou littéraire.
Progressivement, le sens a glissé vers :
- l’idée de repas abondant ;
- la notion de festin ou de banquet ;
- la satisfaction des plaisirs de la table.
Aujourd’hui, lorsque l’on dit qu’on va « faire bonne chère » :
- on pense à bien régaler ses invités ;
- on suggère un repas soigné, préparé avec attention ;
- on sous-entend une certaine générosité, voire un moment convivial autour de la table.
C’est un excellent exemple d’expression figée dont le sens a évolué au fil des siècles, tout en conservant une trace de sa signification d’origine.
Pourquoi la confusion avec « chair » est-elle si fréquente ?
La confusion entre « chère » et « chair » est très répandue, pour plusieurs raisons :
- Les deux mots sont des homophones : ils se prononcent exactement de la même manière.
- Le sens moderne de l’expression évoque fortement l’idée de repas, de nourriture, donc de viande, ce qui renvoie au mot « chair ».
- Le sens originel de « chère » (« visage, accueil ») a quasiment disparu de l’usage courant, ce qui le rend moins intuitif.
Dans des enquêtes sur les difficultés orthographiques courantes, l’expression « faire bonne chère » figure régulièrement parmi les erreurs les plus fréquentes, au même titre que des expressions comme « prêter main-forte » ou « tirer les marrons du feu ».
Comment bien retenir l’orthographe « faire bonne chère » ?
Pour mémoriser l’orthographe correcte, quelques astuces simples peuvent être utiles :
- Pensez à « chère » comme au visage qui accueille : on fait bon visage à ses invités, on leur fait bonne chère.
- Rappelez-vous que « chair » renvoie à la viande ou au corps (la chair humaine, la chair de poule) et ne convient pas pour parler d’accueil.
- Associez l’expression à d’autres tournures figées un peu anciennes, comme « être en belle humeur » ou « faire grand cas de » : ce sont des reliques de la langue d’autrefois.
Pour s’entraîner, on peut inventer quelques phrases :
- « Ils nous ont fait bonne chère pour notre arrivée : table dressée, plats généreux, sourire aux lèvres. »
- « Dans cette auberge, on fait toujours bonne chère aux voyageurs. »
- « Si tu viens ce week-end, nous te promettons bonne chère et bonne compagnie. »
Exemples littéraires et mise en contexte
L’expression « faire bonne chère » apparaît dans de nombreux textes littéraires, en particulier dans le théâtre et le roman. Elle y reflète souvent l’idée de convivialité, mais aussi parfois l’excès ou la gourmandise.
On trouve par exemple :
- « Dis-moi un peu : nous feras-tu bonne chère ? » (Molière, L’Avare, acte III)
- « … mais, pour agir en habile homme, il faut parler de faire bonne chère avec peu d’argent. » (Molière, L’Avare, acte III)
- « Homais se délectait. Quoique il se grisât de luxe encore plus que de bonne chère, le vin de Pomard, cependant, lui excitait un peu les facultés… » (Flaubert, Madame Bovary)
Ces exemples montrent plusieurs nuances :
- Chez Molière, l’expression renvoie à la fois à la qualité du repas et à la capacité de bien recevoir malgré des moyens limités.
- Chez Flaubert, elle s’inscrit dans un contexte de plaisir bourgeois, où la bonne chère devient symbole de confort matériel et de recherche de luxe.
On peut aussi imaginer des dialogues contemporains utilisant l’expression, même si elle sonne un peu soutenue :
- « Ce restaurant est cher, mais on y fait vraiment bonne chère. »
- « Pour les fêtes, ils ont décidé de faire bonne chère et d’inviter toute la famille. »
Résumé : ce qu’il faut retenir
- La forme correcte est faire bonne chère, avec un « ère ».
- « Chère » vient d’un mot signifiant « visage » et renvoyait à l’idée de bon accueil.
- Le sens a évolué vers celui de repas copieux, d’où la confusion avec « chair ».
- Écrire « faire bonne chair » est une faute d’orthographe dans ce contexte.
En gardant en tête que l’on fait d’abord « bon visage » à ses invités avant de les régaler, il devient plus facile d’orthographier correctement cette expression et de lui redonner toute sa saveur.
