Education Travail

Professeur des écoles depuis 30 ans, voici combien je touche à la retraite

Publié le

• Dernière modification :

Marie TEXIER

• Temps de lecture : environ

placeholder

Marie TEXIER

• Temps de lecture

placeholder

Après trois décennies passées à enseigner l’alphabet, les multiplications et le respect, combien gagne réellement un professeur des écoles à la retraite ? En 2025, la réponse révèle un système …

Après trois décennies passées à enseigner l’alphabet, les multiplications et le respect, combien gagne réellement un professeur des écoles à la retraite ? En 2025, la réponse révèle un système à la fois complexe et inégal, où la reconnaissance ne se lit pas toujours sur le bulletin de pension.

2 542 € brut en moyenne… mais rarement pour ceux qui ont commencé tôt

Selon les dernières données du ministère de l’Éducation nationale, un professeur des écoles perçoit en moyenne 2 542 € brut par mois à la retraite. Mais derrière ce chiffre se cache une réalité bien plus nuancée : 30 ans de service ne suffisent pas à atteindre ce montant. La plupart des enseignants partis après trois décennies touchent entre 2 100 € et 2 300 € brut mensuel, bien loin des idées reçues.

Pourquoi cet écart ? Car pour bénéficier d’une pension complète (le fameux taux plein de 75 %), il faut atteindre entre 167 et 172 trimestres cotisés, soit souvent plus de 40 ans de carrière effective. Autrement dit, un enseignant ayant commencé à 23 ans devra travailler jusqu’à ses 64-65 ans pour éviter une décote.

Le parcours de Dominique, 63 ans, professeure des écoles

Prenons un cas concret. Dominique, 63 ans, professeure des écoles depuis ses 25 ans, souhaite prendre sa retraite en 2025. Elle a validé 158 trimestres. Son dernier traitement brut s’élève à 2 948 €, ce qui lui donnerait une pension de base de 2 031 €. Mais avec 14 trimestres manquants, une décote de 17,5 % s’applique, ramenant sa pension à 1 675 € brut mensuel, hors complémentaire. Le compte est vite fait.

A voir aussi :  « Je vis en France mais j’ai travaillé toute ma vie au Luxembourg : voici le montant réel de ma retraite en 2025 »

Elle percevra également une pension additionnelle via la RAFP (Retraite Additionnelle de la Fonction Publique), qui représente en moyenne 397 € mensuels pour les enseignants. Soit, au total, un revenu retraite de 2 072 € brut, après 38 ans de carrière. Une somme décente, mais qui peut sembler décevante après avoir tant donné à l’école publique.

L’âge légal, les trimestres et… les subtilités de statut

Depuis la réforme des retraites de 2023, les enseignants peuvent partir entre 62 et 64 ans selon leur année de naissance, mais le taux plein reste accessible uniquement à 67 ans sauf cas particulier.

Si le professeur a été instituteur avant 1989 (ce qui est rare aujourd’hui), il peut encore partir à 62 ans avec une pension pleine, à condition de justifier de 15 à 17 ans de services dits “actifs”. Ce statut, aujourd’hui presque disparu, ouvrait davantage de droits que celui de professeur des écoles, apparu en 1990 avec un cursus de formation plus long mais… des départs plus tardifs.

Rente ou capital ? Le rôle croissant de la retraite complémentaire

Depuis 2005, les enseignants cotisent à la RAFP. Ces points accumulés sur les primes et heures supplémentaires deviennent soit une rente, soit un capital. En 2022, la rente mensuelle moyenne était de 397 € tandis que le capital unique versé à certains s’élevait à 3 776 €. L’écart dépend du volume de points acquis… et il reste modeste en comparaison des pensions complémentaires du privé.

Le système public commence à intégrer cette donnée : la retraite complémentaire devient un levier essentiel pour garantir une fin de carrière digne, surtout chez ceux ayant effectué temps partiels, congés maternité ou disponibilité, qui affectent directement le nombre de trimestres validés.

A voir aussi :  Comment mettre en gras son texte sur LinkedIn ?

Un minimum garanti… et des injustices persistantes

Même avec une carrière complète, certains enseignants partent avec moins de 1 500 € brut par mois. L’État prévoit un minimum garanti, révisé chaque année (1 325,01 € en 2024), mais celui-ci ne s’applique que sous conditions de durée de service. Et attention : les femmes, plus exposées à l’interruption de carrière, y ont plus souvent recours.

En parallèle, la surcote de 1,25 % par trimestre travaillé au-delà du taux plein permet d’améliorer sa pension — à condition d’avoir encore l’énergie de rester en poste après 64 ans.

Un sentiment d’injustice de plus en plus fort ?

Malgré les récentes réformes, de nombreux enseignants ressentent une forme de déclassement. Le métier, exercé par passion, est peu valorisé financièrement à la retraite par rapport à l’investissement personnel exigé. Beaucoup évoquent un « métier vocation qui ne paie pas », où les sacrifices familiaux ne trouvent pas toujours d’écho sur la fiche de pension.

Les syndicats dénoncent régulièrement l’écart entre les promesses politiques et la réalité des chiffres, en particulier pour les enseignants du 1er degré, très majoritairement féminins, et donc encore plus touchés par les décotes.


Conclusion : une reconnaissance encore à construire

À l’heure où le système éducatif cherche à recruter et fidéliser, la retraite des professeurs des écoles devient un sujet politique autant que social. En 2025, le message est clair : une carrière complète dans l’Éducation nationale n’offre pas automatiquement une pension confortable. Et derrière les statistiques, ce sont des milliers de parcours individuels, souvent marqués par la passion, parfois par l’amertume, qui méritent une meilleure considération.

A voir aussi :  Peut-on consommer de l’alcool sur son lieu de travail en France ?

Tags

À propos de l'auteur, Marie TEXIER

4.2/5 (7 votes)