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« Ils ont changé le nom, pas les galères » France Travail, la nouvelle usine à chômeurs avec +34% chez les jeunes

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Marie TEXIER

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Les chiffres du chômage publiés fin avril 2025 sont sans appel : l’emploi recule, les jeunes décrochent, les promesses s’effondrent. Derrière la mécanique des pourcentages, ce sont des milliers de …

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Les chiffres du chômage publiés fin avril 2025 sont sans appel : l’emploi recule, les jeunes décrochent, les promesses s’effondrent. Derrière la mécanique des pourcentages, ce sont des milliers de vies en stand-by, des avenirs suspendus et un système à bout de souffle. Plongée dans une crise sociale qu’on ne peut plus maquiller.


Des chiffres qui claquent comme une alarme

+8,7 % de chômeurs en catégorie A en trois mois. Soit 273 100 personnes supplémentaires sans aucune activité professionnelle. 3,4 millions de Français sont aujourd’hui officiellement sans emploi, selon les données de la Dares pour le 1er trimestre 2025. Le chiffre frappe. Et derrière cette moyenne nationale, une hausse encore plus brutale se dessine chez les jeunes : +34,3 % chez les moins de 25 ans, contre +5,4 % chez les 25-49 ans, et +2,6 % chez les 50 ans et plus. Autrement dit, c’est une génération entière qui dévisse.

Certes, cette hausse vertigineuse est partiellement liée à la mise en œuvre de la réforme du RSA et de la loi « plein emploi », qui inscrit automatiquement de nouveaux publics chez France Travail : bénéficiaires du RSA, jeunes accompagnés par les missions locales, personnes en situation de handicap suivies par Cap emploi. En tout, 1,1 million de nouveaux inscrits ont rejoint les fichiers en ce début d’année.

Mais même en neutralisant ces effets techniques, la tendance reste inquiétante : +0,8 % d’augmentation « réelle » en catégorie A et +1,3 % toutes catégories confondues (A, B, C). Deux trimestres consécutifs de hausse, malgré les artifices statistiques. Le mythe du plein emploi à 5 %, cher au président Macron, s’éloigne trimestre après trimestre. Certaines projections évoquent désormais plus de 8 % de chômage d’ici fin 2025.

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Derrière les courbes, la casse sociale

Si les chiffres sont gonflés par la réforme, le terrain, lui, n’a rien d’artificiel. Depuis 2023, plus de 300 plans sociaux ont été recensés par la CGT. Le total des emplois menacés dépasse les 300 000. Arcelor Mittal, emblème d’une industrie en repli, prévoit plus de 600 suppressions de postes. Les secteurs frappés sont multiples : métallurgie, commerce, secteur public et associatif, chimie. Et dans un contexte international secoué — guerre commerciale menée par Donald Trump, instabilité géopolitique, inflation rampante — l’économie française apparaît vulnérable, suspendue au bon vouloir des grandes entreprises.

Le recours massif aux emplois précaires (CDD, intérim, apprentissage) ne fait plus illusion. La baisse du chômage tant vantée depuis 2022 tenait davantage du maquillage statistique que d’une réelle amélioration du marché. Aujourd’hui, la façade se fissure, et avec elle, les trajectoires de milliers de jeunes.

Derrière chaque graphique, une Maëlle, un Louis, une Volasoa. Des prénoms. Des parcours. Des espoirs brisés. « On m’a appris à travailler, mais pas à trouver du travail », dénonce Maëlle, serveuse faute de mieux après un master en réalisation. Volasoa, diplômée d’un master 2 en géographie, a envoyé 150 candidatures sans réponse, jusqu’à s’effondrer dans une dépression réactionnelle. Louis, lui, n’a pas cherché à comprendre : « Je ne voulais pas descendre sous les 2 000 € net », alors il a sauté sur la première offre bien payée. Par stratégie de survie.


Jeunesse en panne, promesse en ruine

Le problème n’est pas que statistique. Il est structurel, social, politique. La réforme du RSA a créé deux nouvelles catégories dans les fichiers de France Travail : la F pour les personnes les plus éloignées de l’emploi (26 600 inscrits), et la G pour les bénéficiaires en attente d’affectation (809 300 inscrits). Mais cette granularité accrue ne règle rien. Elle ne crée pas d’emplois, elle cartographie la précarité.

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Et cette précarité touche prioritairement les jeunes. En 2023 déjà, 17,2 % des 15-24 ans étaient au chômage au sens du Bureau international du travail. Une génération qui commence sa vie professionnelle en CDD ou en arrêt maladie, qui vit chez ses parents faute de logement, qui alterne périodes de « pause », petits boulots, formation, puis re-boulot.

Pourtant, le gouvernement affiche toujours sa volonté de « plein emploi ». Mais à quel prix ? Celui des contrats précaires ? Des droits au rabais ? De la culpabilisation des allocataires ? L’actuel ministre du Travail, Astrid Panosyan-Bouvet, résumait sans détour : « La France n’a pas assez de jeunes qui travaillent. » Une phrase symptomatique du décalage. Les jeunes, eux, veulent travailler. Mais pas à n’importe quelles conditions.

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