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Brigitte Macron accusée d’avoir traité les féministes de « sales connes » : la phrase de trop qui relance le débat sur le sexisme en France

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Marie TEXIER

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La courte séquence vidéo dans laquelle Brigitte Macron lance le terme « sales connes » à l’encontre de militantes féministes a provoqué une onde de choc bien au-delà des murs …

La courte séquence vidéo dans laquelle Brigitte Macron lance le terme « sales connes » à l’encontre de militantes féministes a provoqué une onde de choc bien au-delà des murs des Folies Bergère. Cet épisode interroge à la fois la portée d’une insulte historiquement sexiste, la responsabilité d’une figure publique et la vitalité du mouvement féministe qui, en retour, s’est saisi de la phrase pour inverser le stigmate.

Un dérapage verbal qui fait polémique

Le 8 décembre 2025, la Première dame se trouve dans les coulisses du spectacle de l’humoriste Ary Abittan. Inquiète des perturbations survenues la veille – quatre militantes étaient montées sur scène munies de banderoles –, elle tente de rassurer l’artiste : « S’il y a des sales connes, on va les foutre dehors ». Ignorant la caméra, elle ajoute « Surtout des bandits masqués ». En quelques heures, l’extrait circule massivement : plus de 2 millions de vues et des centaines de milliers de partages sur les réseaux sociaux, illustrant la rapidité avec laquelle une phrase peut se transformer en phénomène national.

Une insulte chargée d’histoire

Traiter quelqu’un de « conne » n’a rien d’anodin. Le mot remonte au latin cunnus, désignant le sexe féminin. Longtemps cantonné au vocabulaire anatomique, il glisse au XVIIIe siècle vers le sens d’« imbécile ». En 2024, une étude lexicographique révélait que l’injure figure dans près de 15 % des tweets agressifs analysés en France, confirmant sa présence massive dans la langue courante. D’autres cultures connaissent le même glissement : l’anglais « cunt », le russe « pizda » ou l’allemand « Fotze » partagent la même racine sexiste. Le passage de la description anatomique à la dévalorisation intellectuelle illustre à quel point le langage a pu construire la femme comme catégorie inférieure.

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La riposte féministe : transformer l’injure en slogan

Dès la diffusion de la vidéo, des militantes, personnalités et collectifs réagissent. Sous le mot-dièse #JeSuisUneSaleConne, on trouve :

  • Des messages de figures politiques telles que l’écologiste Cécile Duflot, affirmant « Oui, je suis cette conne qui se bat pour l’égalité ».
  • Le collectif #NousToutes, qui reprend l’insulte sur ses pancartes lors d’un rassemblement place de la République.
  • Des artistes comme Judith Godrèche, écrivant « Je soutiens toutes les autres » pour montrer la force d’une solidarité réappropriée.

Cette stratégie d’appropriation s’inscrit dans une tradition militante : dans les années 1970, les féministes américaines s’étaient déjà emparées du terme « bitch » pour revendiquer leur indépendance. En France, la démarche rappelle le succès du slogan « Nous sommes les sorcières de 2022 », porté par 40 000 manifestant·e·s selon la préfecture de police.

Pourquoi ces mots comptent : l’impact du langage sexiste

Le poids des mots dépasse le cadre de la conversation privée. Selon un rapport 2023 de l’Observatoire national des violences sexistes, 72 % des femmes déclarent avoir subi au moins une injure liée à leur genre dans l’année. Or, la répétition de ces attaques verbales accroît :

  • Les risques de symptômes anxieux ou dépressifs (x1,8 par rapport aux hommes, d’après l’Inserm).
  • Le phénomène d’auto-censure dans l’espace public : 45 % des femmes évitent de prendre la parole en ligne par peur d’un harcèlement verbal.
  • L’acceptation implicite de comportements violents, puisqu’un langage dégradant normalise la domination.

Les psycholinguistes soulignent que combattre ces mots revient donc à combattre le système d’inégalités qu’ils véhiculent.

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Brigitte Macron et le soutien à Ary Abittan : un contexte sensible

Accusé de viol en 2021, Ary Abittan a récemment bénéficié d’un non-lieu. Néanmoins, pour une partie de la société civile, ce classement ne clôt pas le débat sur la parole des victimes. La venue de Brigitte Macron au spectacle, perçue comme un signal politique, ravive les tensions. Les militantes soulignent la dissonance entre le rôle symbolique d’une Première dame et l’usage d’un terme manifestement sexiste, surtout dirigé contre celles qui luttent pour rendre visibles les violences.

Vers une prise de conscience collective ?

L’affaire se double d’une réflexion plus large sur le pouvoir performatif des mots. Plusieurs parlementaires ont annoncé vouloir relancer la proposition de loi visant à alourdir les sanctions pour injures sexistes, tandis que des syndicats de journalistes appellent à un traitement médiatique plus nuancé. Au-delà de la polémique immédiate, l’enjeu est d’imaginer un espace public où le débat d’idées ne s’appuie plus sur des insultes héritées d’une culture patriarcale séculaire.

Reste à savoir si cette polémique servira de catalyseur : transformera-t-on la stupeur initiale en un dialogue constructif ? À l’heure où la société française se questionne sur ses rapports de pouvoir, le choix des mots est devenu un terrain de lutte aussi essentiel que les législations ou les manifestations de rue.

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